ENTRETIEN. Depuis son bureau ovale de la questure de l’Assemblée, le député des Alpes-Maritimes Éric Ciotti se targue d’être resté fidèle au RPR de Philippe Séguin et de Charles Pasqua. Il parie qu’il peut créer la surprise. Pour Le Point, il développe sa vision, sans concession, sur les questions migratoires.

Mes propositions :
– Rétablissement de la double peine, expulsion de tous les délinquants et criminels étrangers
– Suppression du droit du sol partout en France, instauration du droit du sang
– Fin du regroupement familial 
– Priorité nationale et européenne pour les logements sociaux, allocations, emplois public et privés
– Suppression de l’Aide Médicale d’État
– Permis à points migratoire : caution financière, emploi, logement, acquisition du français…
– Quotas migratoires réduits au strict minimum 
– Rétablissement du délit de séjour illégal, expulsion de tous les clandestins
– Abrogation des accords d’Evian avec l’Algérie

Le Point : Vous préconisez d’ouvrir un « Guantanamo à la française ». On parle d’une juridiction d’exception ! Qui y serait détenu ? 

Éric Ciotti : Le combat contre l’islamisme ne peut supporter la naïveté. Il faut des lois spécialement adaptées au terrorisme, comme le Patriot Act aux États-Unis.
 
Nous devons mettre en œuvre la rétention de sûreté pour les personnes condamnées pour terrorisme représentant toujours une menace très grave lorsqu’elles sortent de prison, comme Nicolas Sarkozy l’avait fait pour les grands prédateurs sexuels. 
 
Depuis 2018 et d’ici à 2022, 2 540 détenus condamnés pour terrorisme islamiste ou radicalisés en prison ayant purgé leur peine sont sortis ou vont sortir de prison. Pour la plus grande partie d’entre eux, nous devons aller plus loin que ce que prévoit la législation avec des bracelets géolocalisés. Mais, pour les cas extrêmement graves, il faut des mesures d’exception avec un centre de rétention dédié.
 
À l’été 2020, le Conseil constitutionnel a alerté sur le fait que les mesures de sûreté devaient être « proportionnées ». 

C’est pourquoi, si j’étais élu président, ma première mesure serait un décret de convocation d’un référendum pour modifier la Constitution sur plusieurs sujets relevant de la souveraineté nationale afin de reprendre le contrôle de notre destin. 
 
S’agissant de la rétention, il s’agit d’empêcher d’agir des bombes humaines, des individus dangereux fichés au FSPRT [Fichier de traitement des signalements pour la prévention de la radicalisation à caractère terroriste, NDLR], pas des enfants de chœur.
 
Vous promettez de diviser par deux les flux migratoires. Michel Barnier, lui, préconise carrément un moratoire sur l’immigration. La copie a dépassé l’original ?

Un moratoire, c’est une pause. Je propose de sortir de l’immigration de masse, définitivement. Et j’ai cru comprendre qu’il avait amendé sa proposition puisqu’il en a exclu les demandeurs d’asile et les étudiants, qui, en 2019, représentaient la moitié des entrées et étaient la source de nombreuses fraudes.
 
On ne peut pas raisonnablement dire qu’il n’y aura plus d’immigration, mais il faut réduire considérablement les flux en s’attaquant à tous les grands vecteurs d’immigration.
 
Il faut d’abord rendre notre modèle social moins attractif grâce à une mesure très concrète, la priorité nationale : pas de prestations sociales avant six ans de présence sur le territoire ; suppression de l’aide médicale d’État, sauf pour les urgences, parce que nous n’avons pas à financer le tourisme médical ; priorité nationale pour les logements sociaux, occupés à 34 % par des étrangers ou des personnes nées à l’étranger ; et priorité dans les emploiscomme cela existe à Monaco et en Suisse, qui ne sont pas connus pour leurs régimes autoritaires !
 
C’est ce que proposait Jean-Marie Le Pen dans son programme en 2002, à cela près qu’il parlait de « préférence nationale ». Vous assumez de reprendre le vocabulaire du FN ?
 
C’est surtout Édouard Balladur, un immense homme d’État, qui l’a proposée en 1998, puis Nicolas Sarkozy, qui était favorable à la préférence communautaire en 2012. Mes références sont dans ma famille politique. 
 
Moi je parle de « priorité nationale et européenne ». Je veux être le candidat qui abat les tabous du politiquement correct. On ne peut pas dire qu’il y a un problème migratoire et ne pas prendre des mesures fortes. Je veux par exemple instituer un permis à points pour les migrants en imposant des quotas migratoires par métiers et par origines, comme le pratiquent le Québec ou le Canada. 
 
S’agissant de l’asile, dont deux tiers des demandes sont frauduleuses, il faut empêcher les arrivées en étudiant les demandes aux frontières dans nos représentations diplomatiques à l’étranger, près des zones de guerre comme à Erbil, en Irak, où je m’étais rendu. Quant au regroupement familial, il doit être supprimé, sauf cas humanitaires. 
 
Presque 40 % des titres de séjour sont délivrés pour un motif familial, et seuls 7 % le sont pour un motif économique. S’agissant des clandestins, enfin, aucune prestation ni aucun droit à la scolarisation des enfants. La seule solution, c’est l’expulsion en rétablissant le délit de séjour illégal.
 
Vous souhaitez aussi revenir sur le droit du sol

Là encore, c’est une proposition de la droite et de Valéry Giscard d’Estaing en 1991 dans les colonnes du Figaro contre ce qu’il appelait une « immigration invasion ».
 
L’adhésion aux valeurs de la République est contestée dans des pans entiers du territoire. Nous devons refonder notre nationalité. On ne peut plus devenir français par le hasard du droit du sol, mais par la filiation ou un parcours totalement refondé comme une consécration. Plus de nationalité automatique à 18 ans. Il est temps d’inverser la logique.
 
Quid de Schengen ? Le RN veut renforcer les contrôles aux frontières après l’attaque commise à Nice par un ressortissant algérien doté d’un titre de séjour italien.

Schengen est mort, il faut totalement le renégocier et remettre des douaniers aux frontières pour les non-ressortissants de l’UE. Ayons le courage de dire que l’immigration de masse a provoqué une augmentation de la délinquance ! Il y a une surreprésentation des étrangers en prison : 25 %. Je propose qu’on négocie des accords diplomatiques pour qu’ils purgent leur peine dans leur pays d’origine dès qu’elle dépasse un an. Il faut rétablir la double peine.
 
En 2012, le politologue Patrick Buisson avait suggéré à Nicolas Sarkozy de dénoncer les accords de 1968, qui accordent des facilités aux ressortissants algériens en matière de visa. Vous les révoqueriez ?

Oui, car ils donnent des privilèges aux Algériens en matière de séjour qui ne sont plus acceptables. Notre relation avec l’Algérie ne doit pas être naïve. Si je suis le seul candidat à droite à ne pas avoir voté pour Emmanuel Macron au second tour en 2017, c’est parce qu’il avait parlé de « crimes contre l’humanité » commis par la France en Algérie. 
 
Cette approche historique de la repentance, cette culture de l’excuse font du mal à notre pays. Les manuels d’histoire doivent se détourner d’une approche critique de la nation, et je reprends à mon compte la proposition de François Fillon en 2017 de faire réécrire les programmes d’histoire par des académiciens.
 
Oui. La présence française en Algérie a amené le progrès.
 
Au même titre que vous pourriez voter Zemmour, accepteriez-vous de devenir son Premier ministre ou celui de Marine Le Pen ?

J’appartiens à la famille gaulliste aux côtés de mes compagnons : François Baroin, Christian Jacob, Laurent Wauquiez ou Bruno Retailleau. Je peux partager des constats avec Éric Zemmour, il n’est pas un ennemi – c’est même un ami -, mais c’est ma famille politique qui doit tracer le chemin du redressement. Quand la droite est à droite, il n’y a pas besoin de l’extrême droite ou d’autres offres politiques. 
 
C’est ce que je veux défendre dans cette campagne pour l’investiture des Républicains. La fusion du RPR et de l’UDF au sein de l’UMP en 2002 s’est faite sur le plus petit dénominateur idéologique : au centre. Il faut que la droite républicaine retrouve une colonne vertébrale sans se laisser culpabiliser par le camp du bien qui décerne des brevets de respectabilité. 
 
J’ai conservé ma carte du RPR de 1981 avec le bonnet phrygien, et, quand je lis le programme du RPR à l’époque où Alain Juppé en était le secrétaire général, il y a de quoi faire hurler tous les zélateurs de la pensée unique. Si on avait suivi Charles Pasqua et Philippe Séguin, on n’en serait pas là !
Lien court : http://eciotti.fr/LIY

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