Tribune : «Afghanistan: le déshonneur de l’Occident dans la guerre du siècle».

Tribune publiée dans L’Opinion le 19 août 2021 « Nous avons le devoir de combattre les talibans avec la même force que Daech si nous ne voulons pas voir un arc terroriste s’étendre du Pakistan au Sahel », prévient le député LR des Alpes-Maritimes

L’histoire bégaye. Saïgon 1975-Kaboul 2021. Les images de la fuite de l’ambassade américaine de Kaboul en hélicoptère se juxtaposent presque à la perfection avec celles des mêmes hélicoptères de l’armée américaine exfiltrant le personnel de l’ambassade de Saïgon quarante-cinq ans plus tôt devant l’avancée ennemie.

Mais ce qui se joue avec ce départ volontaire et précipité d’Afghanistan, est bien plus grave qu’une déroute militaire et géopolitique américaine. Ce qui se joue à Kaboul, c’est l’honneur et la sécurité de l’Occident dans la guerre de notre génération, dans cette guerre du siècle face à l’ennemi de l’humanité et des valeurs de démocratie et de liberté : l’islamisme.

Vingt ans après l’intervention américaine pour chasser les talibans à la suite de l’attentat du 11 septembre 2001, l’Occident a déserté Kaboul. Mais les élucubrations gênées du Président américain Joe Biden, coresponsable de ce fiasco, ne suffisent pas à masquer une cruelle évidence : un pouvoir taliban en Afghanistan en 2021 est mille fois plus dangereux pour la paix du monde et la sécurité des Occidentaux qu’il ne l’était en 2001.

La guerre initiale menée par la coalition internationale contre le terrorisme en Afghanistan connaît depuis dix ans de nouveaux théâtres d’opérations : Sahel, Irak, Syrie. Des pays dans lesquels la France intervient militairement pour neutraliser des groupes islamistes armés.

Le terrorisme islamiste s’est renforcé en Afrique et en Asie. Il frappe l’Occident au cœur sans laisser de répit à nos démocraties. Ses ramifications se sont densifiées, les organisations se sont multipliées, parfois concurrentes comme peuvent l’être Al-Qaida et Daech, mais elles sont toutes tournées vers le même but : le règne de la charia et la destruction de notre civilisation judéo-chrétienne, des valeurs héritées des Lumières qui ont forgé nos démocraties contemporaines.

Charia. De 1996 à 2001, le régime islamiste des talibans avait fait régner sur l’Afghanistan un obscurantisme islamiste inouï. Les femmes ne pouvaient ni travailler, ni étudier, la burqa était obligatoire et elles ne pouvaient sortir dans la rue qu’accompagnées d’un homme de leur famille. Les femmes et les hommes accusés d’adultère étaient lapidés à mort, les homosexuels assassinés, la main des voleurs coupée, la télévision, le sport, les jeux et même les cerfs-volants interdits. Un régime amené à imposer le même joug à sa population dans les prochains jours. Le grand reporter Régis Le Sommier témoignant de sa rencontre récente avec les talibans décrit l’instauration de tribunaux de la charia. Un régime abominable qui était aussi le sanctuaire d’Al-Qaida, de Ben Laden et des terroristes islamistes ayant juré de détruire l’Occident et d’exporter leur modèle moyenâgeux à l’étranger.

La vigilance promise par le Président Macron ne suffira pas. Son allocution n’était pas à la hauteur de la guerre que nous menons contre l’islamisme

Comment expliquer alors que les interventions pour vaincre l’Etat Islamique ces dernières années au Moyen-Orient ou Boko Haram au Mali soient suivies de la désertion américaine en Afghanistan ? Car au fond ce qui distingue l’Etat Islamique des talibans se résume simplement à un siège afghan à l’assemblée générale des Nations Unies. Ils partagent la même idéologie politico-religieuse, la même haine de l’Occident, de la démocratie, des femmes, des homosexuels, des minorités religieuses, des valeurs de liberté, d’émancipation, d’égalité.

La vigilance promise par le Président Macron ne suffira pas. Son allocution n’était pas à la hauteur de la guerre que nous menons contre l’islamisme. Nous avons le devoir de combattre les talibans avec la même force que Daech si nous ne voulons pas voir un arc terroriste s’étendre du Pakistan au Sahel et une chaîne continue liant les bases terroristes du monde entier frapper en France sur notre sol.

Terrorisme. Le retour des talibans ne se traduit pas par la prise de pouvoir d’un islamisme nationaliste et intérieur qui se bornerait à imposer la charia entre ses frontières. La proclamation de l’émirat islamique d’Afghanistan met en danger nos démocraties ici en Europe. Les talibans ont prévenu le monde comme l’a fait ce commandant dans une interview réalisée par CNN : « Nous sommes convaincus qu’un jour les moudjahidines remporteront la victoire et que la loi islamique ne s’appliquera pas seulement à l’Afghanistan, mais partout dans le monde. »

Les journalistes arabes ont eux bien compris le péril qui guette. « C’est Daech qui va profiter du triomphe des talibans, selon le quotidien saoudien Arab News: c’est un coup de fouet vicieux pour ranimer l’islamisme radical. » Le terrorisme fait partie de l’ADN des talibans, qui ont gardé des liens amicaux et mêmes familiaux avec Al-Qaida. Près de 600 combattants d’Al Qaida sont encore hébergés en Afghanistan par les talibans. Ce n’est qu’une question de temps pour voir fleurir les projets terroristes depuis Kaboul.

Embargos, outils diplomatiques et politiques, soutien logistique du fils du commandant Massoud et de ses combattants de la liberté dans le Panshir. Tous les moyens doivent être utilisés pour empêcher les Talibans de se renforcer. La chute de Kaboul à la suite du retrait américain n’est pas seulement une tombe de plus érigée dans un Afghanistan cimetière des empires, comme il l’a déjà été pour les Britanniques puis les Soviétiques. C’est un jour noir pour nos démocraties. Nous assistons impuissants à une victoire de l’islamisme dans le monde. Nous venons de perdre une bataille dans la guerre de notre génération contre ce totalitarisme.

Eric Ciotti est député LR des Alpes-Maritimes.

Lien court : http://eciotti.fr/5tJ

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