Interview Le Figaro « Ce qui compte pour moi c’est l’intérêt des Niçois.»

Eric Ciotti, député UMP et président du Conseil général des Alpes-Maritimes, est l'invité du Talk Orange Le Figaro.

INTERVIEW réalisé avec Marion Mourgue- Le député des Alpes-Maritimes et président de la fédération LR du département est au coude-à-coude avec Christian Estrosi pour la mairie de Nice.

LE FIGARO. – Vous avez réclamé à Christian Estrosi «une clarification rapide» sur ses liens avec LREM. Le maire de Nice vous a-t-il répondu?

Éric CIOTTI. – Non, je n’ai pas eu de réponse, et je crains de ne pas en obtenir. Christian Estrosi, depuis maintenant près de trois ans, entretient une ambiguïté de positionnement qui n’est pas saine. Et qui déconcerte beaucoup d’électeurs de droite qui l’ont toujours soutenu. À plusieurs reprises, que ce soit l’an dernier avec le président de la République ou en juillet avec le délégué général de LREM, la presse a révélé ses négociations secrètes, que je condamne avec force. Je ne crois pas que l’on puisse jouer en permanence sur les deux tableaux, en étant à la fois membre officiel des Républicains et militant clandestin de LREM.

Les parlementaires Marine Brenier et Dominique Estrosi Sassone vous ont répondu dans un communiqué, indiquant que Christian Estrosi n’avait jamais sollicité l’investiture LREM, mais toujours demandé celle de LR…

Le fait qu’il ne s’exprime pas lui-même est déjà un aveu. Je suis convaincu que si jamais Christian Estrosi est réélu maire de Nice en 2020, il rejoindra très vite la majorité présidentielle. C’est son objectif. Or, je ne souhaite pas que les Niçois soient demain les victimes et les otages d’un marchandage politicien qui se serait effectué dans leur dos. Car les tractations politiciennes conduisent inéluctablement au reniement des valeurs et à la capitulation idéologique. Dans cet esprit, Christian Estrosi est déjà passé de la dénonciation d’une «cinquième colonne» pendant la campagne des régionales de 2015, à souhaiter, aujourd’hui, le retour des djihadistes en France.

«Bien entendu les élections municipales ont des logiques propres et chaque maire doit choisir librement ses colistiers»

Éric Ciotti

Christian Estrosi plaide pour une liste de rassemblement large. Vous seriez donc plus pour une liste composée uniquement d’élus LR?

Bien entendu les élections municipales ont des logiques propres et chaque maire doit choisir librement ses colistiers. Cela a toujours été le cas. Mais je ne parle pas de la même chose. Je dénonce une combinaison d’appareils. Le rendez-vous Estrosi-Guerini s’est passé en catimini à Paris, pour sceller un accord national. On est très éloigné du choix de compétences individuelles locales.

Le maire de Nice dit continuer à vous «tendre la main». Vous ne voyez pas de possibilité de travailler ensemble?

Ma porte est toujours ouverte bien entendu mais sur des bases claires et non pas politiciennes. J’ai des divergences de fond avec Christian Estrosi sur la gestion de la ville qui a conduit à un endettement massif et une très forte hausse des impôts. Sur le développement de l’insécurité, la frénésie de création de grandes surfaces ou le bétonnage irraisonné de la plaine du Var. Moi, j’ai des principes et des valeurs. Et ce qui compte uniquement, c’est l’intérêt des Niçois. Je ne renoncerai jamais à demander la suppression de l’impôt métropolitain qui a fait augmenter la taxe foncière à Nice de près de 20 %.

On a l’impression d’entendre le discours d’un candidat. Le serez-vous en 2020?

Je prendrai ma décision à l’automne. Mais je sens aujourd’hui une forte attente et beaucoup de soutiens qui veulent moins de bling-bling, moins de communication excessivement coûteuse, moins de politique de façade. Je les entends. Je suis le seul à pouvoir incarner une alternative politique à Nice. C’est une responsabilité que je mesure. Ce sera aux Niçois de décider.

Les soutiens de Christian Estrosi vous accusent d’être juge et partie: vous êtes aussi président de la commission nationale d’investiture (CNI), qui statuera à l’automne sur le cas de Nice. Que ferez-vous?

C’est un faux débat. Quand le cas de Nice sera examiné par la CNI, je me déporterai naturellement de la présidence.

Plus globalement, comment voyez-vous votre parti, deux mois après la défaite des européennes et alors qu’a débuté la campagne pour la présidence de LR?

Nous sommes en situation de grand danger après la défaite aux européennes et le désastre de 2017. Mais les valeurs de droite sont plus que jamais plébiscitées par les Français. Je garde confiance en l’avenir, et notamment après les élections de mi-octobre, pour lesquelles je soutiens activement Christian Jacob. Je suis convaincu qu’il sera à même, compte tenu de son expérience réussie à la tête du groupe LR à l’Assemblée, de son pragmatisme et de sa fidélité à notre famille politique, de pouvoir remettre en place toutes les pièces du puzzle. Notre famille doit être, certes, diverse et forte de sensibilités multiples, mais, pour autant, elle ne peut pas se dissoudre dans l’eau tiède. Nous avons besoin d’une droite forte au service d’une France forte. J’entends, demain, défendre cette exigence d’une droite assumée.

«À titre personnel, je ne crois pas à la pertinence d’un système qui autorise nos adversaires à participer à la désignation de notre candidat»

Éric Ciotti

Les résultats des européennes ne soulignent-ils pas, à l’inverse, que cette ligne n’a pas séduit les électeurs?

Je ne le crois pas. Nos électeurs ne considéraient pas qu’ils étaient face à un choix décisif. Ce sera le cas pour l’élection présidentielle de 2022. D’ici là, nous devons dénoncer la supercherie qui consiste à laisser penser qu’Emmanuel Macron est de droite et réformateur. Regardons son bilan, au bout de presque deux ans et demi de pouvoir. Notre pays souffre de plus d’insécurité, avec le ministre de l’Intérieur le plus inconséquent de la Ve République, de plus d’immigration, de plus de communautarisme. Sur un plan économique, on a eu plus d’impôts, plus de dépenses publiques, plus de déficits, plus de dette, et moins de croissance! Les Français finiront par s’en rendre compte. À nous d’offrir alors un projet et un leader incontestable pour la présidentielle.

Guillaume Larrivé et Julien Aubert se sont prononcés pour la disparition de la primaire. Vous-mêmes étiez sceptique, en 2016. Faut-il aller vers un autre système pour 2022?

Je le pense, même si le débat sur la primaire n’est pas la priorité du moment dans la reconstruction des Républicains. À titre personnel, je ne crois pas à la pertinence d’un système qui autorise nos adversaires à participer à la désignation de notre candidat.

Lien court : http://eciotti.fr/XI8

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