Interview Nice Matin : Les Républicains se sont rassemblés

Eric Ciotti a de quoi savourer. Seul candidat, il a été élu samedi, avec une participation significative de 69,14 %, président départemental de LR, un poste où il succède à Christian Estrosi.

Surtout, ses lieutenants, forts de trois quarts à deux tiers des voix, ont nettement dominé les candidats estrosistes dans les circonscriptions niçoises.Eric Ciotti estime que la très forte mobilisation résulte d’un soutien massif à sa ligne de clarification, tout autant que d’un désaveu massif de Christian Estrosi.

Le recours déposé par les candidats estrosistes battus vient jeter la suspicion sur l’élection interne de LR 06…

Ce qui s’est passé samedi a été exceptionnel pour l’avenir de notre famille politique dans les Alpes-Maritimes. Les militants se sont largement mobilisés pour m’apporter une très large confiance. Ils l’ont fait pour moi, mais aussi pour les candidats que je soutenais, notamment à Nice, et de façon extrêmement nette. C’est un formidable encouragement et une très belle victoire. Le reste n’a pas d’importance. Je regrette que certains, au-delà de s’afficher comme de mauvais perdants, continuent délibérément de discréditer notre famille politique. Je peux concevoir que pour certains la défaite soit douloureuse, mais cela ne justifie pas des méthodes aussi basses et aussi méprisables.

Votre problème est de parvenir à rassembler, dans un climat, on le voit, à couteaux tirés…

Les Républicains se sont rassemblés samedi dans les Alpes-Maritimes. J’ai bénéficié du soutien de la quasi-totalité des parlementaires et de la plupart des maires. Les militants ont été, eux aussi, au rendez-vous de ce rassemblement. J’ai fait campagne sur une ligne claire : celle de la fidélité aux valeurs de la droite républicaine, sans jamais renier mes convictions. D’autres, depuis plusieurs mois, ont entrepris un slalom idéologique, guidés par l’air du temps. Le rassemblement se fera, bien sûr, mais dans la clarté et jamais dans la compromission.

Si certains font preuve depuis des mois de davantage de proximité avec en Marche ! qu’avec LR, c’est à eux d’en tirer les conséquences, et non à ceux restés fidèles à nos valeurs et à nos électeurs.

Que dites-vous à ceux qui vous jugent trop proche du RN et réclament plus de diversité 

Ce débat n’a pour objectif que d’affaiblir Les Républicains. Moi, j’ai mes convictions et elles n’ont pas changé : je défends la liberté, l’autorité et je ne regarde jamais ce que pensent mes adversaires. Le meilleur moyen de reconquérir la confiance des électeurs est d’être fidèle à ses idées et surtout d’acquérir une crédibilité que nous avons perdue, pour donner la certitude aux Français que lorsque nous reviendrons au pouvoir, nous changerons réellement les choses.

Quelles vont être vos premières initiatives de président?

Je réunirai notre premier comité départemental la semaine prochaine. Nous fixerons un calendrier de travail. Je veux associer tous les militants, dans toutes les circonscriptions, pour préparer les prochaines échéances, en particulier les élections municipales.

Qui souhaitez-vous comme secrétaire départemental ?

Le ou la secrétaire départemental (e) sera nommé(e) par Laurent Wauquiez, sur décision du bureau politique. Cette décision appartient à Laurent Wauquiez, puisque le secrétaire départemental sera son représentant.

Tant que votre rivalité avec Christian Estrosi n’aura pas été soldée, la fédération LR peut-elle vraiment avancer ?

Notre fédération ne fonctionnait plus depuis un an et demi. Je n’ai donc pu, comme secrétaire départemental, avoir la capacité d’action que j’aurais souhaitée. Les électeurs ont tranché. La ligne est à présent définie, le cap est tracé et je vais avancer.

Quelle traduction donnez-vous à la nette victoire de vos proches pour les postes de délégués de circonscription sur Nice ?

Les candidats activement soutenus par Christian Estrosi, puisqu’il a présidé leurs réunions, ont subi une très lourde défaite. Elle ne m’étonne pas. Elle correspond à ce que j’entends dans la rue. Les Niçois ont du bon sens. Nos électeurs sont en colère devant les coups de volant idéologiques brutaux vers En marche ! de Christian Estrosi. Les citoyens niçois sont aussi en colère face à ses fautes de gestion.

La dette de la Ville de Nice et celle de la Métropole s’élèvent à plus de 2 milliards d’euros, soit plus de 4000 euros par habitant, ce qui est quasiment un record national pour les grandes villes: c’est extrêmement préoccupant pour l’avenir!

L’endettement ne pouvant désormais plus être augmenté puisqu’il est au sommet, c’est maintenant le contribuable qui est lourdement ponctionné. Je suis triste que l’on dise sur toutes les chaînes de télé que Nice détient le record de France des impôts locaux: +19,3% d’augmentation de la taxe foncière! Depuis longtemps, y compris quand je travaillais à ses côtés, j’alerte Christian Estrosi sur les dangers de dépenser l’argent public sans compter. Aujourd’hui, nous sommes dans le mur, mais il continue d’accélérer en klaxonnant. L’exigence de bonne gestion et de reflux fiscal devra être une priorité pour notre famille politique à Nice.

S’il est candidat aux municipales à Nice, le président de la fédération LR 06 que vous êtes a-t-il vocation à être automatiquement investi ?

Le débat municipal n’est pas encore ouvert. Mais d’ores et déjà je veux dire que je défendrai avec mes amis à Nice, d’une façon ou d’une autre, les idées auxquelles je crois.

Nous devons nous rassembler sur un projet clair, avec des idées fortes : assurer la sécurité de nos concitoyens, combattre la montée du communautarisme qui s’approprie certains de nos quartiers, lutter contre le délitement de nos centres-villes victimes d’une implantation anarchique de grandes surfaces. Et, plus que tout, lutter contre l’augmentation de la fiscalité. Les Républicains doivent être demain le parti de l’autorité qui protège et celui de la baisse des impôts rendue possible grâce à une gestion responsable de l’argent public.

De plus en plus de personnalités du monde politique, mais aussi économique, s’alarment des dommages collatéraux de la guerre Estrosi – Ciotti. En avez-vous conscience ?

Moi, j’entends beaucoup de chefs d’entreprise qui sont surtout préoccupés par l’augmentation de la contribution foncière des entreprises et de la taxe foncière.

Il y a souvent un gros écart entre ce que l’on entend sur le terrain et le discours de quelques-uns qui masquent cette situation. Christian Estrosi et moi avons des divergences. Je ne suis pas dans le faux-semblant, je dis les choses. Sans être dans l’agression, je défends mes convictions avec sincérité. Je n’ai pas soutenu Emmanuel Macron dès le premier tour de l’élection présidentielle comme Christian Estrosi l’a fait. Je n’ai pas créé de groupe d’opposition à la Métropole comme cela a été fait au conseil départemental, on l’a encore vu vendredi dernier avec des attaques virulentes contre son président Charles Ange Ginésy ; ce n’est pas moi qui ai recruté une candidate En Marche ! aux législatives dans mon équipe ; ce n’est pas moi qui ai soutenu Emmanuel Macron. Je crois avoir fait des choix qui sont quelquefois contestés mais qui n’ont jamais trompé nos concitoyens. Les faits me donnent raison: je n’ai jamais eu confiance en Emmanuel Macron.

Un mot pour finir sur le contexte national et le remaniement ?

L’enjeu pour LR est de proposer une alternance, quand on voit le psychodrame dans lequel se débat le gouvernement et qui paralyse son action. Ce n’est pas la nomination de M. Castaner qui va apporter des réponses aux attentes des Français en matière de lutte contre l’insécurité et de baisse de l’immigration. On a l’impression aujourd’hui de revivre les pires heures de la fin de la IVe République avec son lot de combinaisons politiciennes.

 

Interview publiée dans Nice Matin le 17 octobre 2018

Lien court : http://eciotti.fr/AV2

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