Je suis candidat à la présidence de la fédération des Républicains des Alpes-Maritimes: notre famille politique a besoin de clarification

C’est désormais officiel: le député Eric Ciotti, actuel secrétaire départemental du parti de Wauquiez, se présente au poste de président détenu par Christian Estrosi. Élection les 13 et 14 octobre.

C’était un secret de polichinelle. C’est désormais officiel. Éric Ciotti est candidat à la présidence des Républicains des Alpes-Maritimes. Une puissante fédération dirigée depuis 2002 par… Christian Estrosi et dont Éric Ciotti est le secrétaire départemental. Nouvelle étape dans l’affrontement entre les deux hommes? Ce n’est pas ça, jure, serein, le député. Seulement une volonté de « clarification politique ». Nécessaire, selon lui. Et ce sont les militants qui trancheront lors de cette élection interne les 13 et 14 octobre. Une interrogation: Christian Estrosi sera-t-il candidat? Éric Ciotti l’espère vivement. Certain du rapport de forces…

Quand vous êtes-vous décidé?

Ma décision était évidente depuis longtemps. Tout mon parcours politique depuis trente ans repose sur un engagement fort au sein de ma famille politique. J’ai adhéré au RPR à 16 ans. Depuis, j’ai occupé toutes les fonctions: délégué départemental, secrétaire départemental, secrétaire national en charge de la sécurité et je suis président de la commission nationale d’investiture. Je considère devoir beaucoup à ma famille politique. Je me suis toujours considéré comme un militant et je suis proche des militants.

Ce sera d’ailleurs à eux de voter…

Nicolas Sarkozy avait engagé une réforme importante quand il était président des Républicains. Les militants peuvent élire directement leur président de fédération, cela donne une légitimité forte.

Vous vouliez déjà vous présenter en 2016…

Oui, je m’étais interrogé sur une candidature. J’avais le soutien de la plupart des parlementaires. Mais j’ai voulu éviter une fracture à la veille de la présidentielle et j’avais renoncé à me présenter contre Christian Estrosi, même si beaucoup me poussaient à le faire et le souhaitaient vraiment.

Là, c’est le bon timing?

Tout ce qui s’est passé depuis deux ans rend naturelle et évidente cette candidature. Nous avons besoin d’une clarification à la fédération. Depuis 2017, nous traversons une crise politique grave. Cette crise oppose deux lignes vraiment très différentes.

Deux lignes qui n’ont finalement jamais été débattues…

Depuis janvier 2017, le président Christian Estrosi n’a plus jamais convoqué de comité départemental. J’ai été malheureux de voir pendant tout ce temps notre action totalement paralysée par ceux qui n’ont eu de cesse d’affaiblir notre mouvement.

Comment analysez-vous aujourd’hui vos «divergences»?

J’ai l’habitude d’être franc et direct, certains me le reprochent. Mais, moi, je ne suis pas adepte des propos indirects tenus par des collaborateurs. J’assume mes convictions et ce que je suis. À l’élection présidentielle, on a vraiment eu une vraie fracture. J’ai soutenu François Fillon jusqu’au bout, cela ne veut pas dire que je n’avais pas des doutes et des interrogations, mais le débat n’était pas là. Il fallait faire en sorte qu’un candidat LR gagne pour éviter le désastre des extrêmes ou l’illusion macroniste. D’autres que je juge très sévèrement ont fait le choix de porter un coup fatal à notre famille politique pendant la présidentielle. Bruno Le Maire, Gérald Darmanin, Édouard Philippe ont rejoint la majorité pour des postes en trahissant Les Républicains.

Christian Estrosi aussi?

Mais aussi Christian Estrosi, oui, qui a soutenu pendant les législatives les candidats En Marche! de manière déguisée. Et particulièrement contre moi. Et qui, depuis, ne cesse d’exprimer un zèle macroniste à toute épreuve.

Christian Estrosi ne peut plus être président de la fédération selon vous?

Je considère impossible d’être le président d’une fédération du premier parti d’opposition de France tout en étant un soutien permanent du gouvernement Macron. C’est le moment de la clarification. Je souhaite que nous puissions, avec Christian Estrosi, soumettre ces deux visions différentes. Celle d’une opposition franche et déterminée à un pouvoir qui ne repose que sur l’illusion de la communication et l’autre d’une volonté d’union avec la majorité En Marche!

Vous souhaitez donc que Christian Estrosi soit candidat?

Je ne vois pas comment il ne pourrait pas participer en personne à ce débat. C’est devant les militants qu’il doit venir défendre sa position. Une position que par ailleurs je respecte.

Le fera-t-il selon vous?

Je ne vois pas Christian Estrosi ne pas avoir ce courage.

Comment garantir la  transparence du scrutin alors que vous êtes secrétaire départemental?

J’ai indiqué à Laurent Wauquiez [président du parti] que je me mets en retrait de mes fonctions. Il lui appartiendra de nommer quelqu’un qui organisera ces élections internes.

Cette candidature, est-ce un pas vers l’élection municipale de 2020 à Nice?

C’est d’abord un engagement envers les miens. Les LR ont failli disparaître au printemps. Aujourd’hui, grâce au talent et la volonté de Laurent Wauquiez, nous sommes en train de reconstruire une grande famille politique qui a pour ambition d’offrir aux Français un vrai projet d’alternance en 2022. Nous avons un groupe très soudé et efficace à l’Assemblée nationale, nous sommes le premier parti militant de France et nous n’avons jamais cédé aux sirènes macronistes. Les LR ont un rôle majeur à jouer dans l’avenir de la France. Je veux y participer depuis ma terre, celle où je suis né, celle que je représente à l’Assemblée.

Et les municipales donc?

Le débat des municipales viendra en son temps. Je veux le meilleur pour ma ville. Les Niçois et Niçoises me connaissent, savent que je suis proche d’eux, que je n’ai jamais changé de conviction. Même des gens de gauche me disent souvent: “On ne partage vos convictions mais on vous respecte car vous n’êtes pas un opportuniste.” Et ce sentiment est encore plus fort au sein de notre famille politique.

Cette candidature à la fédération sera vue comme un nouvel épisode de votre affrontement avec Estrosi…

Je préfère un débat électoral à un conflit médiatique. En démocratie, quand il y a des différences, des divergences et c’est le cas, c’est au peuple de trancher. Et là, ce sera au peuple militant de trancher en conscience. Ce n’est pas un différend personnel, ce sont deux lignes politiques totalement opposées qui vont s’expliquer. Quand Estrosi va en secret à l’Élysée pour négocier la disparition des Départements, ce n’est pas un conflit personnel, c’est un différend stratégique majeur.

« Je n’ai jamais cru au mirage macroniste »

Vous portez toujours un regard sévère sur le gouvernement d’Emmanuel Macron…

Je n’ai jamais cru au mirage macroniste. Mais je comprends que certains de nos électeurs aient été séduits par un président jeune, dont la comparaison avec le prédécesseur est tellement plus flatteuse. Un président tenant un discours où les bons sentiments et les rêves tiennent lieu de programme. Mais, aujourd’hui, le rêve est extrêmement douloureux.

Que reprochez-vous au gouvernement ?

La France va toujours aussi mal, le niveau de croissance est deux fois inférieur à la moyenne de l’Union européenne, le chômage continue d’augmenter, c’est l’explosion fiscale. Les retraités, par exemple, en savent quelque chose avec l’augmentation de 25 % de la CSG. Sans parler du désarmement dans la lutte contre le terrorisme!

Macron, c’est le mépris profond de ceux qui ne sont pas nés avec une bonne fortune ou ceux qui ne résident pas dans le carré magique du pouvoir entre le VIIIe et le XVIe arrondissements de Paris. C’est à nous, Les Républicains, de préparer l’alternance, nous avons cette responsabilité devant l’histoire, autour de Laurent Wauquiez et je veux y prendre toute ma part. La fédération azuréenne est la troisième de France, elle sera le fer de lance de cette reconquête.

 

Article publié dans Nice Matin le 18 août 2018

Lien court : http://eciotti.fr/yjZ

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