Interview Le Figaro « Macron joue avec le feu »

Interview Le Figaro « Macron joue avec le feu »

Spécialiste des questions de sécurité, le député LR s’inquiète de voir un islam politique « gangrener à coups de provocations » la République. Et réclame « une laïcité exigeante et combative ».

LE FIGARO. – Le projet de loi du gouvernement sur la réforme constitutionnelle est en cours d’examen à l’Assemblée nationale. Va-t-elle dans le bon sens, selon vous ?

Éric CIOTTI. – Alors que nous abordons une réforme constitutionnelle dont la principale motivation est politicienne, je trouve sidérant qu’à aucun moment le gouvernement n’ait songé à renforcer nos outils de protection des Français face aux menaces qui nous frappent. Rien dans cette réforme ne concerne la lutte contre le terrorisme ou la régulation des flux migratoires. Il est plus facile pour le gouvernement d’inscrire des références au climat dans la Constitution que de s’engager concrètement pour réarmer l’État ­juridiquement face au terrorisme ­islamiste. Ce manque de courage est irresponsable !

Les députés ont adopté en première lecture un amendement permettant au chef de l’État de pouvoir s’exprimer l’année prochaine devant le Congrès. Est-ce nécessaire, selon vous ?

Le vote de cet amendement n’est pas anodin, si on y rajoute la proportionnelle, l’entreprise de sape de la Ve République est méthodiquement engagée par Emmanuel Macron !

Vous avez déposé un amendement dans le cadre de ce débat à l’Assemblée, pour réaffirmer une « laïcité exigeante » face à la montée d’un islam politique. Comment la définissez-vous ?

Soyons clairs : il n’y a pas un problème de laïcité en France, mais un problème avec l’islam politique. Le communautarisme islamiste gangrène notre ­République à coups de provocations.

Pour se protéger d’un tel danger, nous avons besoin de refonder une laïcité exigeante et combative. Cela signifie que le fait religieux n’a pas à s’imposer dans l’espace public où nul ne doit pouvoir imposer ses croyances ou ses appartenances aux autres. Cela veut dire qu’aucune règle religieuse ne doit jamais être supérieure aux lois de la République.

Emmanuel Macron fait-il assez, selon vous, pour défendre la laïcité ?

Emmanuel Macron esquive le sujet de la laïcité par calcul politique. En prenant comme conseiller le pseudo-humoriste Yassine Belattar, il semble avoir choisi son camp et donne du crédit aux islamo-gauchistes qui défendent une vision multiculturelle et dangereuse de la société. Emmanuel Macron feint de ne pas voir la menace. Pourtant, il suffit d’ouvrir les yeux et de regarder la réalité en face. En dix ans, les expressions communautaristes ont explosé. Face à cela, deux réponses sont possibles : soit l’on détourne le regard, c’est la posture des « accommodements raisonnables » d’Emmanuel Macron.

Soit, face à ces menaces, nous érigeons une digue républicaine avant qu’il ne soit trop tard. Pour ma part, je pense que la situation est explosive et que, sans réponse ferme, aucun retour en arrière ne sera possible. En la matière, Emmanuel Macron joue avec le feu.

L’islam peut-il s’intégrer dans la République ? Comment ?

Oui, je le crois. Est-ce à l’État d’organiser l’islam de France ? Je n’en suis pas sûr. Mais c’est à l’État de veiller à ce que l’islam n’organise pas demain la République. Quand je vois le courage de certaines femmes qui combattent le voile en Iran ou en Algérie, je suis effaré qu’on ne réagisse pas plus fortement en France face aux dérives actuelles, notamment à l’université.

À Nice, le principal d’un collège m’indiquait récemment que trois élèves d’une classe de quatrième avaient refusé de suivre le programme de sciences de la vie pour des raisons religieuses. Cette évolution me terrifie. Le problème est devant nous. Ne rien faire aujourd’hui, c’est être complice demain. Pour cela, il faut notamment fermer les mosquées salafistes, interdire leur financement par des puissances étrangères et interdire les prêches en langue étrangère.

Vous demandez aussi l’inscription dans la Constitution de l’interdiction des signes religieux ostentatoires pour les salariés des entreprises et usagers des services publics. N’est-ce pas déjà le cas ? Que changerait votre amendement, concrètement ?

Hélas, ce n’est pas le cas. Je ne me ­résous pas à voir s’installer des salles de prière dans des entreprises. C’est pour cela que j’avais livré le combat avec d’autres comme Manuel Valls au ­moment de l’affaire de la crèche Baby Loup. Parallèlement, la neutralité ­religieuse ne s’applique aujourd’hui qu’aux agents du secteur public. Je veux qu’elle s’impose aussi aux usagers. À un guichet de service public, personne ne devrait avoir le droit de revendiquer son expression religieuse. On ne doit pas choisir le sexe de son médecin quand on va à l’hôpital.

Certains députés y voient une contradiction entre demander que soient inscrites la laïcité et « en même temps » les racines chrétiennes…

La contradiction n’est qu’apparente, elle se poserait si mon amendement avait des connotations cultuelles, mais ce que je veux, c’est réaffirmer une réalité culturelle. Cette nouvelle laïcité que je défends ne doit pas remettre en cause le compromis républicain qui avait été passé, quelquefois dans la douleur, avec toutes les religions.

C’est pour cela que je souhaite que notre modèle culturel soit sanctuarisé. Je ne veux pas que demain certains viennent remettre en cause nos fêtes civiles d’origines chrétiennes, par exemple !

On ne touche pas à notre histoire et à notre identité ! La France vient du fond des âges, disait le général de Gaulle, elle vit, les siècles l’appellent, pour autant qu’elle sache rester elle-même. En disant cela, le général de Gaulle voulait que la France reste la France. Il ne s’agit pas pour moi de dire que ces racines sont exclusivement chrétiennes, mais bien de constater que certaines de ses traditions et de ses références nourrissent l’identité de la France !

Jean-Luc Mélenchon a dénoncé votre amendement à l’Assemblée en justifiant sa réponse par l’histoire de France. Que lui répondez-vous ?

Jean-Luc Mélenchon m’importe peu. Guillaume Larrivé a démontré dans l’hémicycle l’inanité de ses affirmations en lui rappelant opportunément que, ne lui en déplaise, ses deux prénoms étaient d’origine chrétienne.

La garde des Sceaux, Nicole Belloubet s’oppose à votre amendement en expliquant que la Constitution n’avait « pour objet ni de traduire des références historiques ou culturelles qui, par définition, seraient partielles ni à outrepasser la neutralité de l’État ». Êtes-vous d’accord avec ses propos ?

La neutralité de l’État ne doit pas se confondre avec la soumission de l’État.

Lien court : http://eciotti.fr/om0

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