“Il faut interdire le port du voile à l’université afin de garantir une laïcité ferme et exigeante”

Interview parue dans Valeurs Actuelles le 25 mai 2018

Entretien. Eric Ciotti, député LR des Alpes-Maritimes, a déposé mercredi une proposition de loi visant à étendre l’interdiction du port de signes ou de tenues traduisant une appartenance religieuse à l’université, invoquant “une montée de revendications religieuses et communautaristes”. Il explique à Valeurs actuelles les raisons de son initiative, soutenue par 19 autres parlementaires.

Pourquoi avez-vous décidé de relancer aujourd’hui le débat sur le port du voile à l’université en présentant une énième proposition de loi pour l’interdire ?

Si j’ai déposé cette proposition de loi avec 19 de mes collègues députés LR, c’est que les pressions communautaristes s’accentuent depuis plusieurs années au sein même des lieux républicains ! En effet, la France est confrontée à de nouvelles revendications politiques et religieuses venant d’un islam radical qui teste la République. C’est la raison pour laquelle, sous l’impulsion de Jacques Chirac, la loi de mars 2004 avait interdit le port de signes religieux ostentatoires. Ce qui existe en matière de laïcité dans les écoles, collèges et lycées doit exister à l’université. La laïcité ne se divise pas.

Je propose qu’on interdise le port du voile à l’université afin de garantir une laïcité ferme et exigeante. Le malaise est croissant chez les enseignants. Dès 2013, le Haut conseil à l’intégration (HCI) soulignait que les problèmes de laïcité s’étaient « banalisés ». L’université est un lieu de savoirs par excellence, un lieu de liberté, de connaissance, où le prosélytisme religieux n’a rien à faire. Si on laisse entrer la religion dans l’université, on nuit au principe de laïcité, mais on nuit aussi à l’indépendance de l’enseignement, car c’est à l’université qu’on peut s’émanciper et apprendre à penser par soi-même, en toute liberté. La première étape de l’emprisonnement pour de jeunes femmes vivant dans des quartiers salafisés c’est le voile, la République doit leur permettre de s’émanciper loin de toute pression religieuse et sociale.

Le port du voile islamique est aujourd’hui utilisé comme une arme politique par les islamistes, ne soyons pas naïfs, il véhicule des principes de soumission et d’asservissement de la femme qui vont à l’encontre de nos valeurs.

Lorsque la présidente de l’UNEF-Sorbonne porte un hijab fermé à la télévision elle ne défend pas seulement les positions de son syndicat, elle brandit aux yeux de toute la France un signe religieux ultra rigoriste prôné par le salafisme et les Frères musulmans. Les trotskystes infiltraient autrefois les syndicats étudiants, les salafistes semblent avoir pris le relai avec, malheureusement, une certaine efficacité.

La question de l’islam est-elle le point faible d’Emmanuel Macron, qui n’en parle que rarement ? 

Emmanuel Macron fait preuve de double langage sur la laïcité. C’est le fameux « en même temps » qui est la pierre angulaire de sa méthode politique ! Il n’ose pas se positionner clairement et dénonce même une « radicalisation de la laïcité », il estime qu’il a plus à perdre qu’à gagner sur un sujet aussi sensible. Par ses déclarations passées, il a démontré qu’il défendait une société multiculturelle sur le modèle anglo-saxon. Or cette vision de la société est à rebours de la tradition française qui ne fait pas de distinction en fonction de l’origine culturelle ou religieuse. Lorsque j’entends Christophe Castaner, secrétaire d’Etat et responsable du parti présidentiel, relativiser le port du voile islamique en le comparant à un « voile catholique » fantasmé, je suis extrêmement choqué, cela traduit un relativisme dangereux au sommet de l’Etat. Le surmoi socialiste de la Macronie reprend ici ses droits.

Face à cet aveuglement coupable les responsables politiques doivent assumer aujourd’hui un langage de vérité : il n’y a pas un problème global avec les religions en France mais bien un problème avec une partie de l’islam qui refuse de se soumettre aux lois de la République. Les conclusions d’une étude publiée en septembre 2016 par l’Institut Montaigne et intitulée « Un islam français est possible » étaient absolument effrayantes. Pour 29% des musulmans interrogés, la charia était au-dessus des lois de la République !

D’un point de vue juridique, les textes qui garantissent les libertés publiques protègent la liberté de conscience et d’expression des étudiants. «Il y a des règles constitutionnelles qui rendent cette interdiction difficile», a même reconnu Manuel Valls, qui y est pourtant favorable. Ne s’agit-il pas d’un combat perdu d’avance ?

Je ne pense pas : tout est une question de volonté politique. Ceux qui se cachent derrière des règles constitutionnelles sont ceux qui en réalité ne veulent pas agir, qui craignent la stigmatisation. Je refuse de tomber dans ce piège, 71% des Français sont favorables à cette interdiction qui est une affirmation de nos valeurs républicaines et de notre identité dans un climat d’explosion du communautarisme islamique sur le sol de la République.

110 ans après l’adoption de la loi sur la séparation des Églises et de l’Etat, il faut réaffirmer ce principe de laïcité pour combattre le communautarisme qui sévit dans notre société. Le principe de laïcité est un principe fondateur de notre pays. Il garantit à tous les citoyens le droit de croire ou de ne pas croire. Mais la liberté des uns s’arrête là où commence la défense de notre culture, de notre histoire et de notre identité.

Nous ne devons pas fermer les yeux sur l’expansion de l’islam politique de plus en plus visible dans l’espace public. Ce n’est pas à la France ou aux Français de s’adapter à l’islam mais bien à l’islam de s’adapter à nos coutumes, à notre mode de vie et à notre civilisation. On appelait cela autrefois l’assimilation républicaine et je pense que c’est un principe qui doit rassembler tous les élus et tous les citoyens, tous bords politiques confondus.

Face à la menace représentée par l’islam, la classe politique répond systématiquement par la laïcité, qui ne concerne que la séparation du religieux et de l’État, mais ne dit rien de la société civile. Or l’islam est non seulement une religion politique, mais aussi et surtout métapolitique et culturelle. Interdire le voile, n’est-ce pas passer complètement à côté du vrai problème ? 

Non, même si ce n’est pas la seule proposition qu’il faut faire. La loi de mars 2004 a permis de diminuer la pression communautariste qui pouvait régner dans certains établissements, même si les revendications n’ont pas disparu. Aujourd’hui, il est encore difficile pour certains professeurs de banlieue parisienne de tenir cours sur la Shoah ou l’antisémitisme. Ce n’est pas tolérable. Seul le principe de laïcité permettra de garantir une véritable cohésion nationale.

L’islam doit ensuite se réformer et faire, comme le judaïsme l’avait fait, un grand mouvement de réforme afin de s’adapter à la République française. Napoléon avait créé le Consistoire et obligé les Français de confession juive à modifier une partie de leurs règles religieuses pour rendre compatible leur religion avec les lois de République. C’est ce même travail d’assimilation qui est nécessaire pour créer un véritable islam de France.

Lien court : http://eciotti.fr/WEq

Aucune réaction

Réagissez

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *