Éric Ciotti et François Falletti: «Un plan Marshall pour la Justice où la prison doit occuper une place majeure»

Dans une tribune au Figaro publiée aujourd’hui, je demande, avec l’ancien procureur général de Paris François Falletti, un effort budgétaire conséquent de la part de l’État, seul moyen de régler la crise pénitentiaire.

L’embrasement des prisons est une crise majeure car au-delà de la situation catastrophique de nos établissements pénitentiaires, elle révèle – en dehors de tout irénisme gouvernemental – l’état exact, l’immense fragilité, de notre pacte social.

Sur les prisons pleines à craquer, quelques remarques de bon sens s’imposent: il faut en finir avec l’idéologie pernicieuse et archaïque du «numerus clausus», première cause de la détestable surpopulation carcérale observée de longue date. Celle-ci trouve son origine dans le refus d’adapter régulièrement le parc pénitentiaire aux besoins en dehors des programmes de construction lancés en 1986, 1995, 2002 et voulus en 2011. Il ne fut malheureusement pas donné suite au dernier plan, jusqu’à ce que le gouvernement précèdent manifeste un repentir tardif en adoptant début 2017 un programme demeuré lettre morte. Mais c’est une vieille pratique que de régler le problème des prisons par un recours honteux et rampant à l’érosion des peines, parfois dissimulée derrière des alternatives inadaptées.

Tenir compte de la diversité des profils pour apporter des réponses graduées, rapides et fermes, c’est protéger la société, respecter la victime et permettre au délinquant de bénéficier dans la dignité d’une nouvelle chance.

Le recours aux grâces collectives d’un autre âge (notamment le 14 Juillet) et aux aménagements de peine ont dissimulé l’insuffisance des capacités pénitentiaires. Il est urgent de rattraper le retard pris ces dernières années et d’engager la construction d’établissements différenciés – proposition faite dès 2011 dans un rapport sur l’exécution des peines – notamment de structures plus légères susceptibles d’être finalisées au plus vite pour les délinquants les moins endurcis. Cela permettrait de favoriser l’effectivité de la sanction tout en diminuant le taux d’occupation des établissements. Pourquoi ne relance-t-on pas également le service citoyen proposé par les lois d’Eric Ciotti permettant un encadrement militaire dans les Epide?

« Le taux d’incarcération en France, par rapport à la population, est très inférieur à celui observé dans de nombreux pays »

Rappelons aux beaux esprits que le taux d’incarcération en France par rapport à la population est très inférieur à celui observé dans de nombreux pays, notamment le Royaume-Uni. Seule une politique globale assurant une réponse effective en matière d’exécution des peines, réservant le milieu ouvert aux situations où il paraît adapté (sans faire du bracelet électronique une panacée) répondra aux défis qui sont les nôtres. Tenir compte de la diversité des profils pour apporter des réponses graduées, rapides et fermes, c’est protéger la société, respecter la victime et permettre au délinquant de bénéficier dans la dignité d’une nouvelle chance.

Mais un programme ambitieux ne suffira pas. Il doit s’accompagner d’une prise en compte de la situation des mineurs, curieusement absents des chantiers lancés. Trop d’enfants et d’adolescents sont laissés à la disposition des réseaux criminels au sein desquels ils gravissent les échelons.

Selon une étude du ministère de la Justice datée de janvier 2017, la délinquance des mineurs traitée par les parquets a concerné 217.800 mineurs, soit 3,3 % de la population âgée de 10 à 17 ans, 42 % entre 13 et 15 ans. Il a fallu attendre 2002 pour que les premiers centres d’éducation fermés voient le jour. Il faut d’urgence reprendre le programme de création de CEF et d’établissements pénitentiaires pour mineurs (EPM).

« La maison justice comme la maison police sont à bout de souffle »

Rappelons que la maison justice comme la maison police sont à bout de souffle, et ne tiennent que par la volonté et la conscience professionnelle d’hommes et de femmes dévoués à leur mission en dépit des moyens indignes consacrés par la nation et des règles et procédures qui entravent au quotidien leur action. L’épuisement des ressources humaines face à d’interminables missions en forme de tonneau des Danaïdes est perceptible au quotidien. Il s’est enraciné au cœur même des établissements pénitentiaires confrontés à une radicalisation rampante.

Assumons enfin des choix budgétaires qui permettent de renforcer le cœur des missions régaliennes de l’État! En 1965, l’État consacrait 6,5 % du PIB à la Justice, la Défense et la sécurité. Aujourd’hui, c’est à peine 3,16 % du PIB qui est dévolu à ces dépenses. Le courage impose de mettre en place un véritable plan Marshall pour la Justice dans lequel la prison doit occuper une place majeure. Seul un projet politique déterminé apportera la sécurité à nos concitoyens, apaisement aux victimes et main tendue aux délinquants qui voudront bien la saisir. Cet effort a un coût budgétaire qui est préférable au prix fort acquitté par une société qui, en se dégradant, se résignerait à un essoufflement de l’autorité de l’État dont nul ne peut prédire où il pourrait conduire.

Lien court : http://eciotti.fr/TsO
Aucune réaction

Réagissez

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *