Eric Ciotti : « Il faut stopper l’accueil des migrants »

NICE-MATINEric Ciotti, le « Monsieur sécurité » du groupe Les Républicains, a voté hier pour la prolongation de l’état d’urgence, tout en exigeant du gouvernement un contrôle « réel et non virtuel » des frontières.

L’attitude des députés du groupe Les Républicains, mardi à l’Assemblée, a choqué…

J’avoue avoir été mal à l’aise, mais le Premier ministre a lui-même un peu hystérisé le débat. La journée de mercredi était plus conforme au climat qui doit régner actuellement dans l’Hémicycle.

Vous réclamiez des mesures d’urgence, François Hollande répond-il à vos attentes ?

Nous notons avec satisfaction le profond revirement de François Hollande aussi bien en matière de sécurité intérieure qu’en politique extérieure. Nous avons perdu beaucoup de temps. De nombreuses mesures annoncées au Congrès avaient été proposées par l’opposition. J’en avais formulé plusieurs : l’interdiction du retour des djihadistes, l’amélioration des conditions de la légitime défense des policiers -qui a été refusée le 2 avril par le gouvernement -, la déchéance de nationalité pour les binationaux, la surveillance des individus présentant un risque. Il semble enfin que le gouvernement soit prêt à faire un pas dans cette direction avec le placement sous bracelet électronique de certaines personnes.

Que faire avec ceux qui sont rentrés de Syrie et qui sont libres ?

Un radicalisé pourra toujours tenter de commettre un attentat,y compris un attentat kamikaze. Je persiste à croire qu’il faut, dans le cadre de l’état d’urgence, des centres de rétention fermés pour ceux qui rentrent de Syrie, dont on connaît la dangerosité. Tirons les leçons de ce qui s’est passé la semaine dernière : la pire épreuve que notre pays a subi depuis la guerre d’Algérie.

Il faut tirer toutes les conséquences de cet échec, ne reproduisons pas les mêmes erreurs. J’avais mis en garde, quand j’ai présidé la commission d’enquête, de ne pas légiférer à la remorque des événements. Notre devoir est d’anticiper la menace. Il faut prendre en urgence toutes les mesures, y compris les plus drastiques. N’attendons pas un autre événement tragique.

C’est pour ces raisons que vous avez voté la prolongation de l’état d’urgence ?

Oui. J’aurais préféré une prolongation de six mois. Je crains que la menace terroriste ne se dissipe pas dans les trois mois. Les perquisitions administratives et les assignations démontrent toute leur utilité. Elles soulignent cruellement qu’on aurait dû les pratiquer avant. Je regrette que l’état d’urgence n’ait pas été appliqué après Charlie, notre pays aurait été beaucoup mieux protégé. Comment concilier sécurité et accueil des flux de migrants? J’ai posé une question en ce sens mardi, à laquelle le gouvernement n’a pas répondu. Je me réjouis du contrôle aux frontières, mais il est davantage virtuel que réel. Un véhicule sur dix est contrôlé. La frontière est poreuse, c’est pourquoi nous avons la nécessité de stopper l’accueil des migrants tant que nous sommes dans cette situation à risque. On ne peut accueillir les 33 000 réfugiés acceptés par François Hollande dans des conditions de sécurité. Les deux faiblesses majeures dans les réponses du gouvernement aux attentats sont les migrants et le combat contre le radicalisme religieux. La France doit réaffirmer une laïcité intransigeante.

En assignant à résidence un routier niçois, celui-ci risque de perdre son travail. N’est-ce pas le pousser un peu plus vers le radicalisme?

Ce qui doit dominer aujourd’hui, c’est la protection des Français. Des barbares islamistes nous ont déclaré une guerre, il faut nous protéger, prendre en compte tous les risques. C’est pourquoi il faut fermer les lieux de culte à risque, dissoudre certaines associations.

Le Syndicat de la magistrature critique « le discours martial de l’exécutif et des mesures administratives et judiciaires qui ajoutent du mal au mal et menacent nos libertés »…

J’ai dénoncé une réaction indigne. Ce syndicat constitue une honte pour la justice de notre pays. Ce qui est grave, c’est que ce syndicat est très présent dans le cabinet de la garde des Sceaux et influence ses décisions. Sa prise de position conforte ma démarche visant à interdire l’appartenance syndicale et politique à tout magistrat.

L’intensification des bombardements en Syrie et le rapprochement avec les Russes sont-elles de bonnes solutions ?

Nos concitoyens demandent au gouvernement mais aussi à leurs responsables politiques qu’ils assurent leur sécurité. Je soutiens totalement l’intensification de notre combat militaire contre Daesh : on ne peut gagner seul, il faut une grande coalition internationale. Quelle erreur d’exclure, depuis 2012, la Russie ! Fillon avait dit à l’époque que la solution passait par la Russie. Aujourd’hui, tout le monde est sur cette ligne. Nous avons perdu un temps précieux. Il est inconcevable de ne pas réussir à éradiquer 50 000 terroristes. Dénonçons aussi le double jeu du Qatar, de l’Arabie saoudite, de la Turquie et plaçons les devant leurs responsabilités tout en poursuivant le dialogue.

PROPOS RECUEILLIS PAR CHRISTOPHE PERRIN POUR NICE-MATIN

Lien court : http://eciotti.fr/j5Ynl
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