Eric Ciotti : « Tourner le dos au politiquement correct »

Le président du conseil général plaide en faveur de mesures radicales, que ce soit pour relancer l’économie ou restaurer l’autorité républicaine. Il n’y a pas que I’UMP dans la vie. Depuis le 23 décembre, Eric Ciotti est aussi et surtout l’heureux papa d’une troisième fille, Anne-Julie. La politique ne lui laisse toutefois guère le temps de pouponner. D’autant moins que 2015 sera une année charnière pour le président du conseil général. Elections départementales fin mars bien sur, mais également régionales en décembre, pour lesquelles beaucoup le poussent aujourd’hui à conduire la liste UMP. Sans oublier la préparation du programme de I’UMP et ce choix cornélien qu’il faudra bien trancher avant 2017 : Fillon ou Sarko, qui soutiendra-t-il au final ? Le pire enfin, cette barbarie qui place la commission d’enquête parlementaire sur le djihad, qu’il préside, au coeur des tourments. Quand d’autres tournent autour du pot, Eric Ciotti affiche (presque) toujours la couleur. Tour d’horizon.

L’horreur d’abord. Que faire face à la barbarie aveugle et sourde ?

La commission d’enquête sur Le djihad a justement pour objectif d’évaluer notre dispositif de suivi des djihadistes, de voir comment nous protéger de ces bombes humaines. Il faut tourner le dos à une forme de naïveté, la France est en guerre, La survie de notre civilisation est en jeu. Il faut utiliser tous les moyens pour gagner ce combat. Et d’abord renforcer considérablement nos effectifs de police dédiés à la surveillance des islamistes. Pour surveiller 1 djihadiste, il faut 20 à 25 fonctionnaires par jour, c’est dire la complexité de la tâche. Il faut aussi détruire les sites internet qui prônent le djihad ou le regardent avec complaisance. On peut également imaginer des centres de détention pour djihadistes, comme pour les pathologies psychiatriques.

Peut-on, aussi, espérer faire entendre la voix de la raison ?

Dans ce domaine, il appartient à la communauté musulmane de prendre ses responsabilités, plus qu’elle ne l’a fait jusqu’à présent. Elle doit elle-même traquer et dénoncer ceux qui peuvent présenter un risque. Certains imams n’ont plus leur place sur le territoire de la République.

Le succès d’Eric Zemmour ?

J’ai de l’amitié pour Eric Zemmour. Il dresse un constant du déclin de la France assez pertinent, même si je considère que ce déclin n’est pas inéluctable. J’ai été choqué par les attaques caricaturales qu’il a subies, accusé de vouloir « déporter » les musulmans alors qu’il n’a pas utilisé ce mot. C’est un procès de Moscou. J’ai également trouvé grotesque son éviction d’iTélé où ses convictions étaient débattues, contestées. C’est l’expression d’une police de la pensée nuisible à notre démocratie. Le succès du livre de Zemmour traduit une légitime inquiétude identitaire de beaucoup de nos concitoyens, qui ont peur que la France ne soit plus la France, comme on l’a vu lors du débat sur les crèches dans les lieux publics. Il est du devoir de l’opposition d’apporter des réponses à cette crainte.

Le gouvernement fait désormais peu ou prou une politique de droite. Satisfait donc ?

On a assisté avec l’élection de François Hollande à la plus grande supercherie de l’histoire politique contemporaine. Il a doublement trahi son électorat en étant élu sur un discours inverse à celui qu’il tient aujourd’hui. Il a abîmé la fonction présidentielle.

Qu’est-ce qui vous gêne dans le projet de loi Macron ?

C’est un artifice de com’. Je ne vois pas en quoi son texte incarne un souffle de modernité. Notre pays a besoin de simplification, il souffre d’un excès de réglementation. Il faut alléger le Code du travail, déréglementer, mais aucune mesure de ce type ne se trouve dans le projet de loi Macron. Il aurait été utile s’il avait comporté la suppression des 35 heures et de tous les seuils sociaux. Mais rien de cela n’y figure. Le gouvernement s’est choisi des boucs émissaires, notaires, avocats, greffiers, ce n’est pas à la hauteur des enjeux. Le seul point positif est la possibilité d’avoir davantage de dimanches travaillés, surtout dans une région touristique comme la nôtre.

La privatisation de l’aéroport ?

Je ne suis pas opposé par principe à la privatisation. Pour moi, le libéralisme n’est pas un gros mot. Que le privé gère un aéroport ne me choque pas en soi. Mais je suis opposé à la méthode : aucune concertation, aucune garantie sur un cahier des charges, aucune garantie sur l’utilisation des fonds. Si la privatisation garantissait un milliard d’euros pour de grands travaux dans le département, je serais pour…

Quel devra être te futur programme de l’UMP ?

Il devra répondre à deux enjeux majeurs : le déclin économique et l’attachement identitaire. La présidentielle se jouera sur ces deux enjeux. Il faut tourner le dos au politiquement correct. Nous devrons avoir un volet très fort sur la politique migratoire : diviser par deux le nombre de titres de séjour octroyés par la France. Pour cela, il faudra que notre modèle social soit moins attractif pour les étrangers. Cela ne pourra se faire que par une réforme constitutionnelle qui pourra être approuvée par référendum. Le mot autorité devra par ailleurs occuper une place essentielle. L’autorité républicaine est mise à mal par l’insécurité, l’affaiblissement de la réponse pénale et le déclin de notre modèle éducatif. Je prépare d’ailleurs un livre sur l’autorité qui sortira en avril… Au plan économique, il faudra là encore mettre en place des réformes radicales. La France, contrairement aux USA avec Reagan, à L’Angleterre avec Thatcher et à L’Allemagne avec Schrôder, n’a jamais opéré ce choc salutaire. Nous ne pouvons plus nous en exonérer. Concrètement, il faudra repousser la retraite à 65 ans, supprimer les 35 heures, diminuer Les fonctionnaires, alléger la réglementation du travail. Nous devrons aussi baisser massivement le poids des charges et des impôts. Notre pays vit depuis trop longtemps à crédit. Depuis 1974, aucun budget n’a été voté à l’équilibre, on permet à l’État ce qu’on interdit aux familles, notre pays est celui où le niveau de dépense publique est le plus élevé.

Sarkozy a-t-il raté son retour ?

Non, c’est un retour positif, il nous amène l’expérience indispensable à la reconquête du pouvoir. Son travail de recomposition dans une UMP qui a beaucoup souffert est très efficace et j’ai plaisir à y participer en tant que secrétaire général adjoint. Nicolas Sarkozy nous apporte de la force, du mouvement, de l’audace.

En soutenant Sarkozy pour la présidence de I’UMP, vous avez brouillé les pistes. Fillon est-il toujours votre champion pour la primaire ?

J’ai soutenu Sarkozy car il a clairement posé le principe de l’organisation d’une primaire. Le lauréat de cette primaire sera président de la République. Je travaille au côté de François Fillon à la préparation d’un projet audacieux, avec beaucoup de détermination. Nous devons en 2015 privilégier le collectif pour gagner les départementales et les régionales. Le temps de la concurrence viendra en 2016. Avec Fillon, qui est un homme d’État, je suis dans un lien de fidélité. Il a ma confiance.

La primaire de l’UMP. Qui pourra voter et comment ?

Cette primaire devra être ouverte à tous ceux qui voudront voter, adhérents ou non de l’UMP et de l’UDI, sur le modèle de ce qu’a réussi le PS en 2011. L’enjeu est qu’elle draine plusieurs millions d’électeurs. Ceux-ci devront juste signifier leur adhésion à une charte de nos valeurs.

Fin mars, le département passera de 52 à 27 cantons…

J’ai combattu ce système qui va déshumaniser les cantons, fragiliser le lien entre les populations et les territoires. L’élection sera davantage politisée, elle laissera moins de place au lien personnel. C’est un mauvais coup porté aux zones rurales. La parité est le seul point positif de cette réforme.

En fin d’année, viendront les régionales. Et certains de vos amis vous incitent à mener la liste UMP pour battre le FN…

Je suis flatté que l’on pense à moi et je regarde cela avec intérêt. Aujourd’hui cependant, je suis concentré sur la présidence du conseil général et uniquement sur cela. Je m’investirai bien sûr pour que nous regagnions cette Région mise en quasi-faillite par Michel Vauzelle, marquée par une idéologie de gauche voire d’extrême-gauche, où l’on assiste à une gabegie en matière de formation et à une iniquité territoriale flagrante au détriment des Alpes-Maritimes et du Var. Je m’investirai donc au côté de celui ou celle qui sera choisi. Le bon candidat sera celui qui saura redonner une espérance à cette Région qui cultive le paradoxe d’être ta plus à droite de France et d’être dirigée par un socialiste à cause de la complicité du FN.

Ce bon candidat, ce n’est pas vous ?

Il faudra dissiper l’illusion Le Pen, redonner un nouveau souffle économique. J’en ai parlé avec Nicolas Sarkozy cette semaine. Ceux qui auront leur mot essentiel à dire seront les maires de Nice, Toulon et Marseille. Mais aucune décision ne sera prise avant avril.

Lien court : http://eciotti.fr/Y6StI

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